(Presque) pire que pas assez de travail : trop de travail !

Me revoilà au bureau ce lundi après une merveilleuse semaine en Espagne pour la conférence Metmeeting 2013 où j’ai eu le privilège de faire pas une mais DEUX interventions (oui, chers lecteurs, vous avez bien lu, DEUX !) dont une sur les possibilités de croissance pour un traducteur indépendant lorsque celui-ci devient victime de son succès 😉 Donc c’était pour moi une pause studieuse, certes, mais une pause qui m’a permis de rentrer à la maison la tête pleine de nouvelles idées !

Dans le cadre d’une table ronde sur les bonnes pratiques « business », j’ai parlé de mon expérience personnelle des 3 dernières années lorsque je me suis associée avec deux collègues pour créer une « vraie » entreprise (« Is Bigger Really Better?« ). Mon intervention, que je résume ci-dessous, a suscité quelques commentaires et pistes très intéressants…:

Pour un traducteur indépendant il y n’y a pas douze mille solutions différentes pour gérer sa croissance. En gros, on peut :

  • Embaucher un ou plusieurs salariés
  • Créer une entreprise avec un ou plusieurs associés
  • Construire un réseau informel de collègues et sous-traiter à des collègues/mettre certains clients directement en relation avec un collègue
  • …et la « quatrième voie »…que vous découvrirez en fin de billet

Chacune des 3 (ou 4) solutions a ses avantages et ses inconvénients.

Lorsqu’on parle d’embaucher un salarié, le défi majeur est de trouver le bon profil (compétences et personnalité). Le risque est que, en cas de coup dur, votre salarié passe devant vous, chef d’entreprise, lorsqu’il s’agit de sortir la rémunération à la fin du mois, sans parler du risque de tomber sur une personne peu scrupuleuse qui va profiter du système en se mettant sans arrêt en congé maladie, se montrant peu productif au travail, ou en vous entraînant devant les Prud’hommes pour harcèlement…

Par contre, embaucher un salarié est le meilleur moyen de s’assurer de la disponibilité de la personne lorsque vous en avez besoin ! Je n’ai pas de formule magique à vous donner, mais plusieurs collègues ont mentionné le seuil de 60 000 € de CA annuel comme une sorte de palier où le traducteur indépendant nage dans le bonheur…avec un équilibre parfait entre vie professionnelle, vie privée et rémunération 🙂

A moins de 60 k € on reste un peu crispé devant les régularisations de charges, de taxes, d’impôts et on n’ose pas trop baisser sa garde (ce qui, à terme, devient fatigant) ; à plus de 60 k € la vie est belle, mais le travail devient un peu speed et, paradoxalement, cela peut devenir plus (et pas moins) difficile de dire « non » à un client (soit parce que les projets sont très, très bien rémunérés, soit parce que vous avez construit une relation particulière avec le client qui rendrait difficile le fait d’acheter ailleurs si vous n’êtes pas disponible). Peut-être que le seuil magique pour embaucher se situe quelque part au-dessus de 60 k €/an ?

Quelque soit la réponse, je ne peux que vous conseiller vivement de consulter votre expert comptable pour des simulations chiffrées, votre avocat pour les aspects « code du travail » (parce que vous serez bientôt chef d’entreprise et manager d’équipe et plus un simple traducteur indépendant !), et un consultant en RH pour vous aider à ne griller aucune étape de l’embauche de votre futur salarié !

Et pour terminer, une piste intéressante évoquée par un collègue : le salarié à temps partiel…plus souple, moins coûteux et globalement un meilleur retour sur investissement…

Vous pouvez également vous associer avec un ou plusieurs collègues. Mais attention : si vous décidez de vous associer, assurez-vous que vos motivations sont bonnes. Par exemple, une très mauvaise motivation est de prendre un associé parce que vous pensez qu’embaucher est trop risqué. Toutes les personnes qui m’ont conseillée (et avec le recul, ils avaient raison !) ont eu le même son de cloche : il faut UN SEUL patron (donc un gérant majoritaire avec une forte majorité des parts et des votes) ; un associé apporte soit de l’argent pour investir dans la croissance de l’entreprise, soit une clientèle, et, dans tous les cas de figure est un apporteur d’affaires et moteur de croissance de l’entreprise. Quelqu’un qui apporte « des compétences complémentaires » aux vôtres, par exemple, ne correspond pas à un profil d’associé s’il ne remplit pas les autres critères.

Quel que soit votre décision, si vous avez une activité déjà établie, il est important de valoriser ce que vous apportez (une marque, une clientèle) dès la création de l’entreprise et de vous assurer que ces actifs seront protégés si vos chemins se séparent. Avant de créer une entreprise à plusieurs, je vous conseille de voir votre propre avocat (spécialisé en droit social) pour protéger vos arrières et de construire une stratégie de sortie en cas de pépin. Devant votre avocat ou juriste avec votre futur associé, on se laisse souvent emporter par l’optimisme d’un début de projet…il faut être méfiant, limite parano, afin de s’assurer que les statuts et autres accords sont blindés juridiquement.

Enfin, vous pouvez créer un réseau informel de collègues et sous-traiter ou donner des recommandations pour alléger votre charge de travail. Mais il ne faut pas rêver…quand je soustraite, souvent c’est avec une marge de ZERO.

Pourquoi ? Parce que le tarif auquel je vends mes prestations s’aligne souvent avec le tarif de vente des collègues que j’estime.

Et lorsque je fais travailler un collègue pour un client (en sous-traitance ou en direct) je tiens à proposer la même chose au client que lorsque j’effectue les prestations personnellement…c’est à dire pour un tarif de vente de XX centimes, le client est en droit d’attendre XX centimes de valeur ajoutée (traduction, relecture, discussion, et contrôles des versions finalisées) et pas X centimes de valeur ajoutée et X centimes de marge commerciale. C’est ma vision des choses…et c’est pour moi un différenciateur clé par rapport à une agence de traduction.

Donc développer la sous-traitance reste une solution peu réaliste en ce qui me concerne. Le peu de sous-traitance que je fais me prend du temps (eh oui, la gestion de projet c’est un métier) et c’est plus pour fidéliser et rendre service à mes clients que pour gagner de l’argent. Je préfère largement la mise en relation direct entre client et traducteur (sauf quand le client préfère un interlocuteur unique, ce qui arrive de temps en temps).

Et la quatrième voie…petit mais puissant ! Et si aucune des trois réponses ci-dessus était la bonne ? La « quatrième voie » pourrait par exemple être de rester petit et de continuer à écumer sa clientèle et ses projets pour ne prendre en charge que les plus intéressants…et de se former sur de nouveaux outils pour être le plus efficace possible pour la partie traduction ainsi que pour gérer son entreprise. Pour moi il reste la question de la gestion de mes absences (formation ou congés, par exemple).

Je suis en train d’explorer cette quatrième voie et je n’hésiterai pas à vous tenir au courant ici sur le blog ! N’hésitez pas à partager vos commentaires et expériences ici !