Traducteurs indépendants et sous-traitance, premiers pas

C’est Luciole qui a posé cette question récemment. Traductrice indépendante, elle souhaite pouvoir sous-traiter du travail lorsqu’elle est débordée, en s’occupant de la relecture finale. Mais comment faire ? Et surtout, comment éviter de se faire « piquer » ses clients ?

Quelques éléments de réponse :

Trouver des collègues avec qui collaborer :

  1. Tout d’abord, je préconise de travailler avec des collègues de confiance. Mais justement, comment avoir confiance lorsqu’on n’a jamais travaillé ensemble ? C’est là ou le réseau prend toute son importance.  Participer à des formations, des rencontres de traducteurs et être actif sur les forums en ligne (pour l’entraide terminologique, par exemple) sont de très bonnes façons d’apprendre à connaître progressivement nos collègues. Ensuite il y a les recommandations. Déjà un collègue qui est recommandé par d’autres collègues de confiance, c’est mieux qu’un collègue qu’on a connu par l’envoi d’un CV ou qu’on a trouvé dans un annuaire professionnel.
  2. Identifiez trois ou quatre collègues avec qui vous souhaitez collaborer. Faire un entretien téléphonique avec eux pour prendre la température et en savoir plus sur ce qu’ils font, avec quel genre de client ils travaillent et sur quel type de document. Demandez quelques échantillons de leur travail.
  3. Ensuite, pour une première collaboration, il est préférable de ne pas attendre qu’on soit débordé. Parce que ce n’est jamais une très bonne idée de tester une nouvelle collaboration dans l’urgence. Dès qu’une traduction appropriée se présente (ni trop longue, ni trop urgente), proposez-la à un de vos collègues en guise de test (rémunéré).

Bien cadrer la collaboration :

  1. Lorsqu’on travaille avec des collègues, on a tendance a faire les choses de façon assez informelle. Personnellement, je trouve que c’est mieux de garder une certaine formalité (devis, BDC, etc.) rien que pour vous pousser à discuter et à bien définir qui fait quoi, quand et comment et de mettre ces éléments par écrit pour éviter tout malentendu. Il est également bien de parler des délais de paiement avec votre collègue avant la collaboration. Avez-vous la trésorerie pour avancer le paiement à votre collègue avant d’être payé par votre client ? Si la réponse est non, allez voir votre banquier avant de démarrer une collaboration (parce que les sous-traitants ne sont pas des organismes de crédit gratuit !).
  2. Bien définir le processus de travail. Qui traduit ? Qui relit ? Pour quelle dates ? Est-ce que le traducteur valide et intègre les commentaires du relecteur ? Est-ce qu’il y a des documents de référence (traductions antérieures, site web du client, etc.) à fournir avant la traduction ? Est-ce qu’il y a des MT ou glossaires à partager ? Est-ce qu’il y a un guide de style ou une marche typographique à suivre ?
  3. Faire un retour à votre collègue et lui envoyer la version finale du document tel que livré au client.

Penser aux aspects juridiques et comptables :

  1. Avant de démarrer une collaboration en sous-traitance, renseignez-vous auprès de votre comptable pour voir si la soustraitance est compatible avec votre statut et si oui dans quelles conditions. Est-ce qu’il y a des mentions à inclure sur vos BDC et factures ? Des déclarations spécifiques à remplir ? Avez-vous le droit de prendre une marge commerciale ou pas ?
  2. Vérifier que vos collègues ont bien un statut légal pour exercer leur métier et facturer (pour éviter le travail au noir).

Et la déontologie dans tout ça ?

Lorsqu’on est traducteur indépendant, la sous-traitance soulève plusieurs questions d’ordre déontologique.

  1. Vis à vis de votre client. Est-ce que votre client sait que vous sous-traitez son projet ? Si un client fait appel à nous, traducteurs indépendants, c’est parfois qu’il estime que nous ne sommes justement pas interchangeables. En plus, les termes de votre collaboration avec votre client interdisent peut-être le recours à la sous-traitance. Est-ce que vous avez signé des accords, par exemple de confidentialité avec votre client ? L’avis de la Marmite ? La transparence !
  2. Entre collègues. Comment s’assurer que votre collègue ne va pas vous « piquer » votre client ? C’est quelque chose que vous ne pouvez pas prévenir à 100 % (et cela m’est déjà arrivé !). Même avec un accord en béton, est-ce que vous seriez prêt à aller au tribunal pour le faire appliquer ? La règle dor ? La confiance ! Choisissez bien les collègues avec qui vous collaborez et ne tombez pas dans la paranoïa. Dans la plupart des cas tout se passe bien et dans le pire des cas vous n’y pouvez rien de toute façon donc inutile de stresser 😉

Et vous, traducteurs indépendants, avez-vous déjà eu des bonnes (ou mauvaises) expériences avec la sous-traitance ?